A L'AUBE DU XXe SIECLE

Le kiosque de Saint-François a d’abord été un simple édicule de bois en 1896, un « chalet suisse », style très prisé à la fin du XIXe quand sont posées les premières voies des tramways. Il s’agit d’ailleurs du tout premier réseau de transport public. En ce temps-là, la place Saint-François était encore entièrement recouverte de pavés, et des tramways circulaient au centre ville. Il était encore possible d’y franchir la chaussée sans difficulté, et surtout sans trop se soucier de la circulation !
A la même époque, le chalet ayant fonction de salle d’attente, un petit kiosque à journaux, abrité par une toile rayée, fait son apparition au pied de l’église, côté est.
Or dès 1902, une feuille d’enquête est établie au sujet du déplacement sur la place Saint-François du kiosque des tramways Lausannois et de l’établissement de W.-C. et urinoirs publics, accompagnée de deux feuilles de plans.

LES ANNES FOLLES

Le kiosque prend sa forme actuelle entre 1911 et 1913, l’édifice de bois étant très vite devenu trop petit et ne répondant plus à la demande. Ce dernier sera déménagé à la Place du Tunnel, où il subsistera jusqu’en 1950.
Le projet du nouveau kiosque est pris en charge par les architectes Taillens & Dubois. Ils proposent une étude de projet le 16 juin 1909 à la Municipalité, dans laquelle ils lui demandent d’adhérer à une Convention qui mentionne les points suivants : La concession du terrain ; l’usage gratuit de l’eau et de l’électricité en sous-sol ; l’exonération de tout impôt communal ; l’aménagement gratuit des W.-C. ainsi que les fournitures les concernant. Un droit de rachat en faveur de la Commune de Lausanne, ne pouvant intervenir qu’après 15 ans d’exploitation, est également évoqué. Le paiement à la Société des Tramways et aux architectes serait à hauteur du prix de revient de la construction. La Municipalité approuve le projet ainsi que la Convention le 6 juillet, mais ajoute un point important : le kiosque lui reviendrait gratuitement au bout de trente ans. Les architectes obtiendront, après négociation, de ne le céder qu’après soixante ans.
Taillens & Dubois fournissent un devis pour l’arrangement de la place et la construction du trottoir autour du kiosque. A l’époque, une bordure de trottoir en granit coûte Frs. 9.50 le mètre, et du pavage Frs. 10.- le m2…
La facture totale des travaux est estimée par le bureau d’architectes, dans un courrier au Directeur des Travaux de la Ville daté du 8 mars 1910, à 65'000.-.
La mise à l’enquête est effectuée du 11 au 23 mai 1911, à la demande de MM. Taillens et Dubois. Les travaux commencent (enfin !) le 15 mars 1912, et l’ouverture à l’exploitation a lieu le 21 août.
Des W.-C. souterrains sont installés, ainsi que la fontaine (dans le but, entre autres, de dissimuler l’entrée des toilettes). On apprend dans un devis de 1909 qu’un W.-C. pour dames, compris réservoir de chasse automatique, coûte 110.- et qu’un W.-C. à la turque pour hommes est estimé à 120.-. Mais dès l’ouverture au public, du rififi en sous-sol est consigné et des déprédations sont constatées très régulièrement. La police refusant dans un rapport de « suivre chaque client dans ces lieux, ce qui la rendrait ridicule et motiverait des réclamations de la part de personnages de la bonne société qui parfois se trouvent dehors à des heures tardives », elle propose de fermer les commodités au public dès la nuit tombée.
Selon la demande des usagers des transports, le petit kiosque à journaux devient plus important et est construit contre le mur de l’église. Au guichet du kiosque de Saint-François dans les années 20, on achète son billet de transport pour Pully ou Renens…

LES ANNEES 80 : LE RENAISSANCE

En 1978, d’importants travaux d’aménagement de la place sont entrepris. François Neyroud, architecte particulièrement intéressé par le sujet de l’accessibilité aux handicapés, est invité par la municipalité à examiner les premiers projets de passages souterrains prévus pour les piétons à Saint-François. Il propose ainsi l’installation d’un ascenseur côté Grotte, et c’est également à lui que nous devons la sauvegarde du kiosque, qui devait à l’origine être détruit. Pour ce faire, il a fallu le décaler d’une dizaine de mètres vers le nord-est et l’orienter un peu différemment. Un devis du 1er juillet 1976 estime la facture totale du démontage et reconstruction à 360'000.-.
Le 5 juillet, les T.-L. acceptent de céder le kiosque à la Commune de Lausanne, moyennant la gratuité des locaux de service.
Le pavillon, alors rebaptisé « kiosque de sainf’ » par ses usagers, est entièrement démonté, ce qui ne prit pas plus de quatre semaines ; toutes les pièces et matériaux qui le constituent sont numérotés, puis nettoyés, remis en état dans un atelier à Bussigny, voire remplacés si trop abîmés. Au final, la marquise devra être entièrement refaite, les pièces conservées servant seulement de gabarit. A cause de la pollution due aux véhicules, tout était noir au point que certains placages en laiton sur les fenêtres et les portes ont été littéralement retrouvés sous la crasse au moment du démontage. Les boiseries et la marquetterie retrouvent une seconde jeunesse grâce à un ébéniste de talent. On peut également désormais admirer la mosaïque voluptueuse de F. H. Pétermann, qui remplace un sol trop fragile. Enfin, un nouveau kiosque à journaux est installé dans sa partie orientale.
Ça y est, le kiosque renaît de ses cendres en 1980, sous son dôme de cuivre flamboyant et sa marquise toute fraîche.
Cette étape nous rappelle à quel point cet édifice est un ouvrage magnifique façonné dans les règles de l’art ; observez à l’occasion les nombreux détails de son exécution et la noblesse des matériaux qui s’y marient.
Le pavillon abrite désormais un bureau de renseignements des TL et d’information de l’ADIL (association des intérêts de Lausanne, sorte d’office du tourisme lausannois). Les touristes s’y pressent et bénéficient de l’accueil chaleureux d’une charmante hôtesse.
Plus tard dans les années huitante, le kiosque ajoute une fonction à son curriculum déjà bien fourni et devient pour un temps le bureau des objets trouvés.
Malheureusement, une période sombre suit cette renaissance prometteuse. Dans les années 90, on n’y trouve plus qu’un automate à abonnements TL. La salle d’attente art nouveau est devenue un véritable dépotoir et un abri de fortune pour les sans-abris. Les bancs en bois sont tagués à l’intérieur comme à l’extérieur ; les mégots de cigarettes jonchent la mosaïque de M. Pétermann, qui se plaignait déjà de son mauvais entretien après seulement quelques mois d’existence. Bien que le kiosque ait rendu service à bon nombre de personnes SDF durant les mois d’hiver, on ne pouvait pas laisser ce petit palais se détériorer de la sorte.

2013, LE KIOSQUE A 100 ANS

Trois générations d’amoureux s’y sont donné rendez-vous, sous l’horloge ou sur le banc…
Le kiosque de Saint-François est le plus charmant des monuments historiques de Lausanne. Il compte aux yeux des lausannois. Ils l’aiment pour son côté pratique et populaire, ses bancs accueillants, sa petitesse attendrissante face au gigantisme du bâtiment de la Poste ou de la BCV. Ils y tiennent pour son charme, son esthétisme, les souvenirs qu’il évoque.
En 2012, à l’aube du centenaire du kiosque de la Cie des tramways lausannois, le plus beau cadeau qu’on puisse lui faire pour « services rendus » à la communauté, est de lui rendre une nouvelle utilité, pour qu’il survive un siècle de plus dans cet environnement urbain si particulier qu’est la place Saint-François. Nous avons entièrement restauré l'endroit : les anciens guichets de vente de billets ont été réaménagés ; la salle d’attente compte quelques places assises, avec du mobilier d’époque. Les boiseries ont également été entièrement restaurées dans les règles de l’art et l’on voit de nouveau au travers de la marquise, grâce à un nettoyage méticuleux. Même la fameuse horloge, remisée jusqu’alors au musée historique de Lausanne par peur de déprédations, est remise soigneusement à sa place.
Vous pouvez vous y restaurer le matin comme à midi, ou pour les 4 heures, y prendre un thé, un café, ou encore une pâtisserie, sur place ou à l’emporter. Vous pouvez aussi consommer des sandwichs, des casse-croûtes à l’ancienne confectionnés avec des produits du terroir, qui sont livrés directement par les meilleurs producteurs, ou encore savourer des salades et des soupes de saison. Nous vous souhaitons la bienvenue !

PLACE A SAINF

Voici un extrait de cinq minutes trente du film "Place à Sainf" (cliquez sur l'image au-dessus), réalisé en 1982. Ce reportage 16mm décrit le processus d'aménagement de la place Saint-François et les diverses étapes du chantier. Le morceau choisi que nous vous montrons ici, concerne le partie du film qui s'intéresse au Kiosque. On y trouve notamment une séquence très intéressante qui montre le démontage du Kiosque ... image par image. Ce film provient des archives filmiques de la ville de Lausanne. Vous pouvez voir l'entier du film qui dure 38 minutes en cliquant sur ce lien suivant : PLACE A SAINF !
Vous pourrez voir entre autre l'inauguration avec le syndic Jean-Pascal Delamuraz et Marx Lévy, le directeur des travaux.

LES PLANS D'EPOQUE

Voici d'anciens plans du Kiosque de 1896 à 1976. On appréciera le travail à la plume et les fins empattements des titres.
Séance nostalgie ...